Qui était Jacques Bouchard

- Premier catalyseur de la créativité québécoise

- Biographie


Jacques Bouchard

Premier catalyseur de la créativité québécoise[*]


Par Laurent Lapierre et Jacqueline Cardinal

 

Avec la mort de Jacques Bouchard, survenue le 29 mai 2006, disparaît celui qui aura non seulement créé à partir de zéro, envers et contre tous, l’industrie de la publicité au Québec, mais qui, le premier, aura démontré au milieu des affaires que seule la créativité est payante et qu’il faut miser avant tout sur l’imagination. Le reste suivrait par surcroît dans les autres domaines : les vannes étaient ouvertes pour toute une société.

 

Jacques Bouchard voyait large. Avant de fonder son entreprise, il a voulu lui donner une toile de fond aux couleurs québécoises, qui permettrait à une nouvelle industrie d’éclore à partir d’un terreau original, le seul qui lui convienne. Il savait, d’après sa courte expérience de traducteur de publicités, que la lutte pour naître dans l’univers de la créativité serait féroce et qu’il fallait s’unir.

 

En 1959, il fonda le Publicité Club pour faire pendant au très torontois et très puissant Advertising and Sales Club, avant même de mettre sur pied l’agence BCP. Il fallait d’abord que les publicitaires francophones prennent confiance en eux, démontrent collectivement leur pertinence et croient en leur talent créateur. C’était, avait compris intuitivement Jacques Bouchard, la condition sine qua non pour les soustraire de la mainmise anglophone sur le monde des « commerciaux ».

 

Ensuite, en fondant une agence qui misait sur la création, Jacques Bouchard put servir aux multinationales américaines et, par ricochet, au Canada anglais, son argument massue : le profit. Chiffres à l’appui, il prouva par ses publicités originales, fondées sur sa connaissance intime des « 36 cordes sensibles des Québécois », qu’au Québec, la bouille d’Olivier Guimond faisait vendre plus de bière, avec le sourire, qu’une étiquette bilingue sur une froide bouteille brune, si dégoulinante fût-elle, et que le « popsacavisosecficopin » de la petite Marie-Josée Taillefer édentée attirait en plus grand nombre les clients vers les « caisses pop », qu’un impeccable comédien torontois, mal postsynchronisé, vers un grand établissement bancaire. Il fallait faire comprendre aux annonceurs du monde anglophone qu’au Québec, pour vendre l’ivresse créative, les mots de Baudelaire étaient plus porteurs que ceux de Shakespeare.

 

Malgré les succès indéniables, la suite n’alla pas de soi. Jacques Bouchard dut faire preuve d’une détermination d’acier trempé avant de hisser son agence aux sommets, là où il la voyait. Il fonça seul, en dépit des difficultés de toutes sortes : internes, avec ses associés frileux et des collaborateurs pressés; externes, face aux coriaces entreprises de publicité torontoises; et politiques, lors de la surprenante décision du Premier Ministre Pearson dans la saga des droits de diffusion du football canadien. Pour avoir abondamment « saigné du nez », selon son expression à peine imagée, le « père de la publicité québécoise » a réussi dans sa longue lutte, là où d’autres avaient abandonné leur âme francophile dans les tranchées de la grande guerre des traductions.

 

La réussite commerciale ne lui suffit pas. Il voulait un plus grand rayonnement pour la créativité. En 1970, il fonda Sociétal, un regroupement de publicitaires bénévoles engagés dans la création et la diffusion de campagnes en faveur de grandes causes humanitaires, notamment l’enfance maltraitée. Pour mieux répandre la bonne nouvelle, il fut l’initiateur de cours en publicité à l’UQAM, à l’Université de Montréal et à HEC Montréal.

 

Cet homme, aussi généreux que brillant, avait coutume de dire à ses créatifs en panne d’inspiration : « Est-ce que le cirque est en ville? », voulant dire par là qu’ils devaient créer, dans leurs publicités, de l’émotion, du saugrenu, de l’inusité, bref, du rêve. Jacques Bouchard, « père de la publicité québécoise »? Certes, indubitablement. Jacques Bouchard, catalyseur de la créativité québécoise? À l’évidence, oui! On peut même affirmer qu’aujourd’hui, le soleil de son cirque imaginaire brille encore dans nos esprits, dans nos trippes et dans nos cœurs, sans que l’on sache toujours que c’est à ce grand leader que nous devons d’avoir tracé, pour nous, le chemin lumineux de la liberté et de la créativité menant à la conquête du monde. Oui! Il faut le reconnaître et le dire : Merci, Jacques Bouchard…

 

 

[*] Voir J. Cardinal et L. Lapierre, Jacques Bouchard et BCP : l’homme qui connaît ça!, Centre de cas HEC Montréal, 2004, 24 pages. http://web.hec.ca/centredecas/catalogue/index.cfm

 

 

Biographie

Formation

1948-50, L.S.P. , Université de Montréal

1956-57, L.Ed, Heed University, État-Unis

 

Parcours professionnel

1950-59, agences de publicité J. Walter Thompson, James Lovick et Vickers & Benson, Steinberg’s Ltd et La Brasserie Labatt Ltée;

1959, président-fondateur du Publicité-Club de Montréal;

1961, co-initiateur du premier cours de publicité des HEC Montréal

1963-90, président-fondateur de l’agence de publicité BCP

1974, président-fondateur de « Sociétal » oeuvrant pour les causes humanitaires

1975, président-fondateur de la Fondation en faveur des enfants maltraités

2002, président, « Jacques Bouchard, publicitaire Inc ».

 

Distinctions

1979, « Advertising Man of the Year », Toronto

1981, « Canadian Marketing Man of the Year», New York

1985, Ordre des francophones d’Amérique, o.f.a.

2000, « Les 100 Québécois qui ont fait le siècle », revue « Actualité »

2000, Ordre du Canada, c.m.

2002, Ordre national du Québec, c.q.

 

Publications

1967, La publicité, toute la publicité, Éditions de la Table

1970, Les consommateurs canadien-français, Édition de la Table

1976, La publicité québécoise, Éditions Héritage

1980, Les 36 cordes sensibles des Québécois, Éditions Héritage

1981, « The Quebec Difference », Édition Héritage

2004, La vie de château, Édition Québec/Amérique

2006, Les nouvelles 36 cordes sensibles des Québécois, Éditions des Intouchables

 

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